La rentabilité normale
Ce que l'entreprise gagne sur son métier, une fois retirés l'exceptionnel et les choix propres au dirigeant actuel.
Guide · Combien vaut
L'EBITDA retraité est le chiffre sur lequel repose l'essentiel de la valeur d'une PME rentable. Ce n'est pas celui de vos comptes : c'est la rentabilité qu'obtiendrait un repreneur, une fois corrigés les éléments propres à votre gestion. Voici comment le calculer, ligne par ligne, avec un exemple.
Ce que l'entreprise gagne sur son métier, une fois retirés l'exceptionnel et les choix propres au dirigeant actuel.
Un retraitement peut augmenter l'EBITDA, mais aussi le réduire, par exemple quand le dirigeant se rémunère peu.
Chaque retraitement doit pouvoir se prouver devant un repreneur et son expert comptable.
L'EBITDA est le résultat d'exploitation avant amortissements et provisions : ce que l'entreprise gagne sur son métier, avant ses choix de financement, d'investissement et d'impôt. En France, on parle souvent d'excédent brut d'exploitation (EBE), un solde très proche ; les écarts tiennent à quelques lignes de gestion courante.
L'EBITDA retraité corrige ce chiffre de tout ce qui ne se reproduira pas chez un repreneur : charges et produits exceptionnels, rémunération du dirigeant éloignée du prix du marché, loyers ou prestations conclus à des conditions particulières. Il mesure la rentabilité normale de l'entreprise.
Un repreneur paie pour la rentabilité qu'il obtiendra, pas pour celle que vos comptes affichent. Pour une PME rentable, la méthode de référence part de l'EBITDA retraité : chaque euro corrigé se retrouve donc, démultiplié, dans la valeur de l'entreprise.
C'est aussi le chiffre que regarde la banque d'un repreneur pour savoir quelle dette l'entreprise pourra rembourser. Un EBITDA retraité surestimé ne tient pas à l'audit ; un EBITDA retraité oublié fait perdre de la valeur.
La liste n'est pas exhaustive : tout élément qui ne reflète pas une gestion normale et durable de l'entreprise peut se retraiter, à condition d'être documenté.
| Retraitement | Effet sur l'EBITDA | Exemple |
|---|---|---|
| Rémunération du dirigeant ramenée au prix du marché | À la baisse ou à la hausse | Un dirigeant payé surtout en dividendes : on déduit le coût complet d'un directeur. Un dirigeant très bien payé : on réintègre l'excédent |
| Charges exceptionnelles | À la hausse | Litige soldé, déménagement, sinistre, recrutement raté |
| Produits exceptionnels | À la baisse | Subvention ponctuelle, indemnité d'assurance, commande hors norme qui ne se renouvellera pas |
| Loyer versé à une société du dirigeant | À la baisse ou à la hausse | Bail consenti par la société civile immobilière du dirigeant, au dessus ou au dessous du loyer de marché |
| Proches du dirigeant | À la baisse ou à la hausse | Un conjoint qui tient la comptabilité sans être payé, ou un salaire versé sans travail équivalent |
| Charges propres au dirigeant actuel | À la hausse | Dépenses qui disparaîtront avec son départ, sans effet sur l'activité |
| Prestations entre sociétés liées | À la baisse ou à la hausse | Frais de gestion facturés par une holding, à un prix éloigné du coût réel du service rendu |
Une menuiserie de quinze salariés affiche 240 000 € d'EBITDA dans ses comptes. Son dirigeant se verse un petit salaire et complète par des dividendes, l'atelier est loué à sa propre société civile, et l'exercice a connu un déménagement.
| Ligne | Montant | Pourquoi |
|---|---|---|
| EBITDA des comptes | 240 000 € | Tel qu'il ressort du compte de résultat |
| Rémunération du dirigeant ramenée au prix du marché | moins 55 000 € | Le dirigeant coûte 30 000 € ; un directeur d'atelier coûterait 85 000 € charges comprises |
| Subvention ponctuelle | moins 20 000 € | Aide à l'investissement versée une seule fois |
| Déménagement de l'atelier | plus 18 000 € | Charge non récurrente |
| Loyer ramené au prix du marché | moins 12 000 € | Le loyer payé à la société civile du dirigeant est inférieur de 12 000 € au marché |
| EBITDA retraité | 171 000 € | Près de 30 % de moins que le chiffre des comptes |
Chiffres fictifs, pour illustrer le raisonnement. Ils ne constituent pas une référence pour un secteur.
Les retraitements ne jouent pas toujours en faveur du vendeur. Un dirigeant qui se paie peu, ou qui loue ses murs à bas prix, gonfle l'EBITDA de ses comptes : un repreneur le corrigera de toute façon. Mieux vaut le savoir avant d'annoncer un prix.
On retraite en général les trois derniers exercices, pour voir une tendance plutôt qu'une année isolée. Si la rentabilité progresse régulièrement, le dernier exercice pèse davantage ; si elle est irrégulière, une moyenne est plus juste. Un exercice atypique, une crise ou un très gros contrat, s'explique à part plutôt que de servir de base.
Tout retraitement doit pouvoir se prouver : contrat, facture, bail, bulletin de paie, décision d'assemblée. Une liste de charges présentées comme exceptionnelles mais qui reviennent chaque année affaiblit tout le dossier. Votre expert comptable est le mieux placé pour confirmer chaque ligne, et les questions fiscales qui en découlent relèvent de son conseil.
Vous déposez vos comptes et décrivez votre activité. Les chiffres sont retraités le cas échéant avant le calcul de la valeur, et un analyste relit l'ensemble. Le rapport consacre un chapitre à votre rentabilité, expliquée simplement, puis montre comment on passe de l'EBITDA retraité à la valeur de l'entreprise et au prix des parts.
C'est l'EBITDA des comptes, corrigé des éléments exceptionnels et des choix propres au dirigeant actuel (rémunération, loyers, proches, prestations entre sociétés liées). Il mesure la rentabilité normale qu'obtiendrait un repreneur.
Partez de l'EBITDA ou de l'EBE de vos comptes, puis ajoutez les charges qui ne se reproduiront pas, retirez les produits ponctuels, et ramenez au prix du marché la rémunération du dirigeant, les loyers et les prestations conclues avec des proches ou des sociétés liées.
Presque. L'EBE est un solde du plan comptable français, l'EBITDA un indicateur d'usage international. Pour une PME, les deux sont très proches et beaucoup les utilisent comme synonymes ; l'important est de retraiter l'un ou l'autre de la même façon.
Elle se ramène au coût d'un dirigeant salarié qui ferait le même travail. Si vous vous payez moins, l'EBITDA retraité baisse ; si vous vous payez davantage, il monte. Les dividendes ne sont pas une rémunération du travail et ne remplacent pas ce coût.
Non. Elle vaut alors surtout ce qu'elle possède, mesuré par l'actif net réévalué, et parfois davantage si un repreneur voit comment la rendre rentable. Le rapport le dit explicitement.
Oui, il connaît vos comptes mieux que personne. Le rapport Valooo détaille les retraitements retenus, ce qui facilite la discussion avec lui.